Accueil >Dossiers >TRANSPORT AERIEN

En rachetant Buzz, Ryanair devrait supprimer des destinations.

mardi 25 février 2003, par Bureau national .


GRAND SUD - En rachetant Buzz, Ryanair devrait supprimer des destinations. A Tarbes, on dénonce la « concurrence déloyale » de la compagnie irlandaise.

 Aéroports de Bordeaux, Toulouse et Bergerac : des lignes menacées

Les aéroports de Bordeaux, Toulouse et Bergerac vont-ils conserver les lignes aériennes de la compagnie hollandaise Buzz après le rachat de celle-ci par l’Irlandaise Ryanair ? Cette dernière va rendre son verdict dans quelques jours, mais prépare déjà les esprits. « Nous ne garderons probablement que cinq ou six aéroports français sur les 15 desservis par Buzz et nous arrêterons les vols intérieurs français dont Bordeaux-Grenoble », prévient Valérie Gateau, directrice commerciale France de Ryanair. Exit aussi la création d’une plate-forme à Bournemouth dans le sud de l’Angleterre, avec les lignes correspondantes. Ainsi, 14 000 billets déjà réservés pour Bergerac-Bournemouth devront être remboursés. Mais Valérie Gateau positive. « Buzz allait disparaître. Notre objectif est de la sauver et de la rendre rentable d’ici un an ».

Ryanair, spécialisée dans les vols à bas prix (low cost) ambitionne de devenir 3e compagnie européenne en 2004, devant Air France, en visant 20 millions de passagers annuels ! Elle est devenue depuis novembre leader sur Toulouse-Londres et officie déjà avec succès à Montpellier, Carcassonne, Nîmes, Perpignan et Biarritz. Elle veut appliquer ses recettes pour sauver Buzz. « Nous augmentons les capacités et réduisons les coûts avec un avion unique pour toute notre flotte, le Boeing 737-800. Nous exigeons des rotations de 25 minutes maximum lors des escales. Nous assurons des vols tous les jours de l’année. Nous garantissons 100 000 passagers par an à chaque plate-forme dès la première année » résume Valérie Gateau.

Pour être retenus, les aéroports doivent donc pouvoir répondre à tous ces critères. Bergerac lance des investissements de 5 millions d’euros (avec des financements publics, de la commune à l’Europe) notamment pour allonger sa piste et pouvoir accueillir les Boeing. Mais Ryanair ne s’arrête pas là.

EXIGENCES EXORBITANTES

« Ils exigent des conditions financières exorbitantes », selon le directeur développement de l’Aéroport de Bordeaux, Jean-Luc Poiroux. De 300 000 à 1 million d’euros par an, sur au moins cinq ans, pour « participation aux dépenses marketing », sans compter les réductions massives de taxes aéroportuaires ! Les « grands » aéroports s’acheminent vers un refus de ces conditions. Les petits, qui n’ont pas d’alternative, sont en revanche prêts à tout pour conserver cette manne venue du ciel. « On ne peut pas suivre au niveau financier demandé, mais ils nous promettent 300 000 passagers par an d’ici 3 ans, avec des retombées économiques énormes pour la région, jusqu’au Lot-et-Garonne, dans le Lot et en Gironde », explique Christian Lacombe, porte-parole de la chambre de commerce de Bergerac. Il souligne aussi qu’en moins d’une semaine, une ressortissante britannique a recueilli plus de 1 500 signatures sur internet pour demander la survie du Bergerac-Londres. Cette ligne créée par Buzz a déjà accueilli plus de 60 000 passagers en moins d’un an, et donné un vrai coup de fouet à plusieurs secteurs économiques comme l’immobilier, les produits gastronomiques, l’hôtellerie, la restauration et la location de voitures.

Pierre SAUVEY.


 A Carcassonne, l’aéroport décolle

En 2002, l’aéroport de Carcassonne a transporté plus de 200 000 passagers avec seulement deux lignes, Londres et Charleroi, exploitées par Ryanair. Il est devenu le premier aéroport international du Languedoc-Roussillon. En 2000, la CCI a tenté de mesurer l’impact des deux vols quotidiens entre Londres et Carcassonne. Bilan : 215 millions d’euros par an injectés dans l’économie locale et 133 emplois créés. L’année dernière, l’aéroport s’est mis au diapason. Il a allongé et élargi la piste, construit des hangars pour les avions et des places de parking, soit 6 millions d’euros d’investissement. Moyennant quoi, les nouveaux Boeing achetés par Ryanair peuvent se poser à Carcassonne.


 A Tarbes, on s’insurge contre les méthodes de Ryanair

« Je ne peux pas accepter qu’on donne de l’argent public pour subventionner une compagnie étrangère au détriment d’une compagnie française », s’insurge Antoine Ferreti, PDG de la compagnie de charter Air Méditerranée, installée à Tarbes (Hautes-Pyrénées). Il s’apprête à intenter des recours pour concurrence déloyale devant le tribunal administratif de Pau ainsi que devant la Commission Européenne, contre les conditions de création par Ryanair de la future ligne Pau-Londres. Selon lui, celle-ci existe parce que Ryanair a obtenu à Pau des conditions financières que Tarbes lui avait refusées. « Depuis l’annonce de l’ouverture pour fin avril, un tour-opérateur anglais m’a déjà annoncé la suppression de deux allers-retours hebdomadaires Tarbes-Londres. Je perds ainsi 40 % de mon marché sur cette destination. A terme, avec du Pau-Rome ou Dublin, cela pourrait menacer les 150 emplois de ma société », s’alarme ce chef d’entreprise. Le directeur de la CCI de Tarbes, Camille Denagiscarde va plus loin : « Ryanair fait payer son compte d’exploitation par des aides publiques officiellement accordées au titre de la promotion. Les gens sont satisfaits d’avoir des billets à bas prix, mais ne se rendent pas compte qu’ils sont financés par l’argent de leurs impôts. Les collectivités locales sont séduites parce qu’on leur promet 100 000 passagers par an et 30 millions d’euros de retombées locales. Cette promesse est tenue mais au prix d’une aide publique directe à une société privée, et donc avec une concurrence déloyale ».

Articles les plus récents
Dans la même rubrique

TRANSPORT AERIEN
Pas d'autres articles dans la rubrique TRANSPORT AERIEN

SPIP | Copyright © 2002 - 2012 SUD Aérien.org | Conception et habillage snoopit31

Mentions légales| squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0