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Air Lib est le plus gros séisme social depuis Moulinex

samedi 8 février 2003.


Le dépôt de bilan paraît probable. Le tribunal devrait alors décider entre le redressement judiciaire et la liquidation de l’entreprise.

Désormais , ce n’est plus sous les lambris du ministère des transports, mais au tribunal de commerce de Créteil (Val-de-Marne) que va se jouer le sort de la première compagnie aérienne privée française.

Vendredi 7 février, dans la matinée, le dossier Air Lib devait être transmis à la justice consulaire par le conciliateur qu’elle avait elle-même nommé, Me Hubert Lafont. Le tribunal de commerce devait rendre sa décision au cours de la journée de vendredi.

Un comité d’entreprise extraordinaire, débuté la veille, devait par ailleurs se poursuivre pour examiner la situation du personnel. La direction a annoncé qu’elle proposerait des mesures de « chômage technique partiel ». Elle devait aussi rencontrer, au cours de la journée de vendredi, le président du tribunal de commerce, Christian Rousselin, pour « faire le point sur la situation ». Jeudi soir, l’avocat d’Air Lib, Me Yves Léonzi, a déclaré à l’Agence France Presse (AFP) que « la question du dépôt de bilan n’est pas du tout d’actualité ». Jean-Charles Corbet, le PDG de la compagnie, estime avoir encore suffisamment de trésorerie pour éviter une faillite dans l’immédiat.

De source syndicale, il resterait encore une vingtaine de millions d’euros dans les caisses d’Air Lib, logés dans une filiale domiciliée aux Pays-Bas. Cette somme permettrait de faire face au paiement des salaires pour les trois prochains mois, « maintenant que nous n’avons plus à payer le kérosène pour faire voler nos avions... », ironise un syndicaliste.

L’avenir de la compagnie est, en tout état de cause, très largement compromis. Les leviers que peut actionner le tribunal de commerce ne sont pas nombreux. Si la compagnie est en état de cessation de paiement, le tribunal pourra décider du dépôt de bilan. Dans un premier temps, il pourrait ordonner un plan de continuation au profit de la direction actuelle. Mais ce scénario est d’autant plus improbable que le Conseil supérieur de l’aviation marchande (CSAM) a privé Air Lib de sa licence d’exploitation, manifestant en quelque sorte sa défiance à l’égard de la direction actuelle.

RECLASSEMENT DES SALARIÉS

Le tribunal pourrait également demander un plan de cession total ou partiel dans le cadre duquel des repreneurs potentiels pourraient se faire connaître. Enfin, une troisième solution pourrait être envisagée : la liquidation de la compagnie, scénario qui ouvrirait la porte à d’autres compagnies, désireuses de reprendre les dessertes européennes et d’outre-mer d’Air Lib.

Mais le dossier le plus dur restera celui de l’emploi. Avec 3 200 emplois menacés (plus 18 000 indirects), la restructuration d’Air Lib dépasse de loin tous les plans sociaux qui ont été rendus public au cours des dernières semaines. Il faut remonter à Moulinex, au mois d’octobre 2001, pour trouver un plan social d’une telle ampleur. Le reclassement des salariés de la compagnie aérienne sera d’autant plus difficile qu’une majorité d’entre eux exerce des métiers très spécialisés. Ainsi, la plus grande partie des pilotes - soit 300 sur 378 - n’est, par exemple, pas qualifiée sur Airbus ou Boeing, l’essentiel de la flotte d’Air Lib étant composée de vieux avions de McDonnell Douglas. Ces navigants devraient donc suivre une formation qualifiante, coûteuse, pour pouvoir être embauchés par Air France, par exemple. Et ce, alors que 70 pilotes du précédent plan de restructuration n’ont toujours pas retrouvé de travail.

Légitimement très inquiètes, les organisations syndicales ont été reçues, jeudi 6 février, dans l’après-midi, par Dominique Bussereau, le secrétaire d’Etat aux transports. Après plus de deux heures de réunion, les représentants des salariés sont sortis désabusés. « Rien n’est prévu pour continuer l’activité, a déploré Gilles Nicoli, délégué CFDT   de la compagnie. C’est encore une fois sur le dos des salariés que les choses se régleront. Je ne vois pas pourquoi on se séparerait d’un produit comme le nôtre, qui est d’utilité publique. La grande compagnie c’est Air France, il y a certainement une complémentarité à trouver avec elle. » Pour lui, le gouvernement « a des responsabilités, il doit trouver des solutions ».

En revanche, presque contre toute attente, la CGT   Air Lib et son représentant Paul Fourier, dédouanent le gouvernement pour la gestion de ce dossier. « Ce n’est pas le gouvernement qui est responsable, mais la direction d’Air Lib dans sa gestion et sa gabegie (...). Cette direction est complètement décrédibilisée et nous ne la considérons plus comme un interlocuteur valable », martèle Paul Fourier, qui estime que l’avenir de sa compagnie passe par « la constitution d’un pôle français avec l’intégration d’Air Lib à Air France ».

Pour sa part, Dominique Bussereau a rappelé aux organisations syndicales que « le gouvernement ne les laissera pas tomber ». « Nous serons à côté de vous pour vous aider », a ajouté le ministre, précisant une fois encore que dans ce dossier, « le gouvernement avait accepté tous les montages et avait été prêt à signer le protocole de conciliation préparé par Me Lafont », et refuse in extremis par le repreneur déclaré IMCA, mercredi soir.

M. Bussereau confie qu’il a trouvé les salariés « désespérés, ayant l’impression qu’on a joué avec eux, qu’il y a eu peut-être une comédie de l’argent. Nous avons prévu de nous revoir dans les jours à venir, à chaque fois que ce sera nécessaire, y compris pendant le week-end pour aviser ensemble », a-t-il promis. A la demande de Jacques Chirac, M. Bussereau devait recevoir Jean-Charles Corbet, vendredi à midi. « Dans l’attente de la décision du tribunal de commerce, il -le président de la République- a demandé au gouvernement d’être attentif à la situation et à l’avenir de chaque salarié », a indiqué l’Elysée dans un communiqué, jeudi.

M. Chirac, poursuit le communiqué, « a souhaité que le ministre concerné soit à l’entière disposition des représentants des salariés et de la direction, et c’est dans ce cadre qu’il a demandé à M. Bussereau de recevoir M. Corbet, comme les représentants des salariés de l’entreprise ». De belles paroles qui traduisent l’embarras du gouvernement face à ce nouveau séisme social annoncé, mais qui ne rassurent guère les salariés d’Air Lib.

François Bostnavaron
Le Monde

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