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Transport aérien : « L’objectif d’une grève, c’est de perturber ! »

Interview de Pierre Contesenne dans le Nouvel Obs

mercredi 25 janvier 2012, par Bureau national , Le Nouvel Observateur .


Pour Thierry Mariani, le ministre des Transports, le texte voté la nuit dernière n’est pas une remise en cause du droit de grève.

  • Bien sûr que si ! Il s’agit même d’une atteinte à un droit constitutionnel. Sur les aéroports, nous sommes dans le droit privé. Nos entreprises relèvent du code du travail qui est très clair : pour se mettre en grève, la seule obligation est que l’employeur soit préalablement informé des revendications. Le texte proposé par Eric Diard représente donc une pression forte sur les salariés dans un secteur où ils sont majoritairement mal payés et travaillent dans des conditions difficiles.

Sous prétexte d’éviter des nuisances aux passagers, on légifère tout en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une remise en cause mais d’un moyen de permettre à tout le monde de s’organiser. Mais c’est bien le problème : l’objectif même d’une grève est de perturber le cycle productif. Cette loi avec des contraintes qui, si elles ne sont pas respectées, peut engendrer des sanctions disciplinaires, remet bien en cause le droit de grève.

Sur le terrain, ça se passe comment ?

  • Roissy représente près de 100.000 salariés qui travaillent pour le transport aérien, soit 4.000 entreprises. Toutes ces sociétés qui font de l’assistance aéroportuaire utilisent énormément de CDD et d’intérimaires. Il y a une forte pression sur le syndicalisme. Si un texte y impose l’obligation de se déclarer en grève 48h avant, il est évident que les syndicats vont avoir beaucoup de mal à mobiliser. Les patrons se frottent les mains. Cela leur permettra de mettre une pression supplémentaire sur les salariés dans le contexte de crise et de chômage alors que la précarité est déjà omniprésente dans ces entreprises.

Il s’agit bien sûr d’une manœuvre politique dans un contexte électorale. Mais c’est un processus qui n’est pas nouveau : la remise en cause du droit de grève est un fantasme permanent de certains politiques et du patronat.
Les défenseurs de cette loi mettent en avant un renforcement du dialogue social avec l’obligation de négocier.

  • La réalité de l’entreprise, c’est le rapport de force. L’obligation de négocier ? Elle est où légalement ? Le patron doit organiser une réunion avec les syndicats mais il n’est pas obligé de proposer quoi que ce soit. Il suffit d’avoir un minium de connaissance du monde du travail pour savoir que ça ne fonctionne pas.

Vous avez déjà des accords de veille sociale partout, même à Air France. Quel syndicat en est satisfait ? A partir du moment où il y a une revendication, avant de se mettre en grève, l’entreprise accepte de discuter. Alors on met les problèmes sur la table et on se revoit dans les huit jours, et huit jours plus tard, on fait des propositions et si les propositions ne sont pas satisfaites, on laisse encore un délai. Avec les accords de veilles sociales, finalement, à partir du moment où il y a une revendication, le salarié a 33 semaines avant de pouvoir se mettre en grève !
Nicolas Sarkozy a voulu que ce texte soit adopté avant la fin de la législature, agitant l’image des passagers « otages » des grévistes, des passagers dont il faut défendre les droits.

  • Ce matraquage médiatique sur les passagers pris en otage est en fait assez récent, avant ça n’existait pas. Sachez que les salariés ne se mettent pas en grève juste pour embêter les passagers. Parmi les agents de sûreté qui ont fait grève pendant plus d’une semaine en décembre dernier, beaucoup ont dû emprunter de l’argent pour boucler la fin de mois.

Et si vous avez pris l’avion pendant cette grève, au moment où les gendarmes ont remplacé les grévistes, vous avez pris un risque. Ces gens ne sont pas formés au contrôle des bagages au rayon X. Ce contrôle-là n’a pas eu lieu, pas plus que la palpation, contrairement à ce qui a été dit. Seul le portail magnétique a été utilisé : à moins d’avoir un P38 dans sa poche, on passait, même avec de l’explosif dans les chaussures ! Où était alors le droit des passagers ?

En dehors du coup d’esbroufe électorale, cette loi est un signe politique très clair : on essaie de jouer sur la démagogie avec les passagers pris en otage. Et on en arrive à s’en prendre à des droits constitutionnels, à des droits démocratiques. Ce gouvernement nous conduit vers l’interdiction du droit de grève, mais ce n’est pas gagné, on ira devant les tribunaux.

Propos de Pierre Contesenne (bureau national de Sud) recueillis le mercredi 25 janvier par Louis Morice

Voir en ligne : Transport aérien : "L’objectif d’une grève, c’est de perturber !

P.-S.

Propos de Pierre Contesenne (bureau national de Sud) recueillis le mercredi 25 janvier par Louis Morice

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