La crise économique a des répercussions directes sur l’emploi.
Le Monde du 6 septembre fait le point sur les plans sociaux ou les mises en redressement judiciaire , dans l’industrie et dans les services.
Contrairement à l’optimisme du gouvernement pour 2004, "la montée du chômage, qui pourrait atteindre 10 %, pousse les ménages à épargner plutôt qu’à consommer, ce qui aggrave la crise. Ces suppressions d’emplois interviennent dans un contexte qui rend encore plus difficiles les reclassements. Selon une étude officielle, en 2002, à peine un salarié sur deux passés par une cellule de reclassement a retrouvé un emploi."
"Jusqu’où montera la vague des suppressions d’emplois qui s’est amplifiée au début du mois de septembre ?" interroge le quotidien. "Le spectre d’un taux de chômage de 10 % se rapproche. Phénomène rarissime : la stagnation économique a entraîné une perte d’emplois nette au début de l’année. Et rien n’indique que le mouvement s’inverse. Actuellement, le mouvement de défaillances d’entreprises, en hausse de 8 % au premier semestre avec près de 25 000 dépôts de bilan, s’accélère. "
Entre les entreprises déclarées en cessation de paiements :
Air Littoral (1 000 salariés),
Daum (300 salariés),
Futura France (Singer) 700 personnes,
Tati (1 200 salariés)
et les annonces inéluctables de fermeture d’usines :
Comilog à Boulogne-sur-Mer (350 personnes mais plus de 600 en emplois induits),
groupe Gastronome à Trémorel (290 salariés) et Grandchamp (139),
Tat Express filiale de distribution de colis de La Poste (479 suppressions d’emplois sur un effectif de 1 500 salariés),
Yoplait (suppression de 315 postes).
Altadis (suppression de 1 300 emplois à Lille et Morlaix),
STMicroelectronics à Rennes (462 salariés )
Résidence du Parc, une clinique marseillaise (suppression de 229 postes) .
Sans oublier que "la colère des 200 salariés de l’usine Flodor de Bapaume (Pas-de-Calais), dont la direction a déménagé une partie des installations durant les congés, ne peut que renforcer l’image d’une rentrée sociale dégradée."
C’est principalement au pretexte de la "compétitivité" que les entreprises justifient les restructurations et fermetures de site avec délocalisation dans les pays à moindre coût. "Mais la résistance reste vive dans les villes qui risquent de souffrir d’une perte de leur activité."
Les intérimaires sont les premières victimes de ces décisions. "Signe de la dégradation persistante, 15 000 postes ont été supprimés au premier trimestre, dont 3 000 dans l’industrie et 12 000 dans le tertiaire."
Mesures de reconversions mises en œuvre après les plans sociaux moins efficaces en 2002 . D’après la Dares, l’organisme d’études du ministère de l’emploi, "53,3 % des salariés inscrits dans une cellule de reclassement ont retrouvé un emploi, permanent ou temporaire, soit 7 % de moins que l’année précédente. Si les hommes se recasent à près de 60 %, moins d’une femme sur quatre obtient un CDI et un tiers d’entre elles se retrouve à l’ANPE à la fin du processus."
"TROIS BATAILLES À MENER"
Face à cette aggravation relevée par les syndicats qui dénoncent l’absence de politique du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin invoque "les trois batailles à mener sur le front de l’emploi" : les créations d’entreprises, l’aide de l’Etat au plus près des salariés pour les aider à trouver un emploi et les baisses de charge qui devraient passer de 2,5 milliards à 3,5 milliards d’euros pour favoriser l’embauche des jeunes.
Et le remplacement de "M. Plans sociaux", Claude Viet, par Jean-Pierre Aubert, à la tête de la mission interministérielle sur les mutations économiques (MIME). "Tel le pompier sur les incendies de forêts, sa mission s’annonce aussi périlleuse qu’aléatoire."
Michel Delberghe