Le sauvetage du secteur passe par la levée des obstacles réglementaires à sa réorganisation et la fin du système « un Etat une compagnie »
La guerre américano-irakienne tombe au plus mauvais moment pour les compagnies aériennes, selon l’Association internationale du Transport aérien, l’IATA. « Les compagnies qui ont accumulé 30 milliards de pertes depuis le 11 septembre 2001 doivent toujours faire face à la crise la plus grave de leur histoire. Le conflit armé pourrait se traduire par 10 milliards de dollars de pertes supplémentaires sur les lignes internationales régulières de compagnies », explique-t-on à l’Iata. Pour l’association, la baisse actuelle de la demande risque bien, en effet de se prolonger fort en avant dans la saison estivale. « Dans ces conditions, le secteur du transport aérien doit voir nettement plus loin et se réinventer », explique le président directeur général de l’Iata Giovanni Bisignani. « Notre industrie a besoin d’évoluer et les règlements gouvernementaux l’en empêchen t ». Expliquant que le secteur vit peut être sa dernière chance de changer, Giovanni Bisignani estime qu’il demeure trois obstacles principaux à cette nécessaire évolution que sont le système d’accords bilatéraux, les règles de nationalité attachées à la propriété des compagnies et l’attitude des autorités chargées de la concurrence.
Le système des accords bilatéraux doit évoluer vers des organisations régionales regroupant des marchés locaux. Alors que l’Atlantique Nord pourrait être le point de départ vers une organisation allant dans ce sens, « nous demandons aux gouvernements d’engager la modernisation du système bilatéral », insiste Giovanni Bisignani. « Les compagnies doivent être libres de fusionner et d’aborder les marchés financiers internationaux pour se financer. Le mouvement de mondialisation doit permettre d’éliminer les seuils d’actionnariat national lorsqu’ils font obstacle au développement. Ces limites privent les compagnies de la liberté accordée aux entreprises des autres secteurs économiques »
L’Iata est évidemment consciente que certains pays en voie de développement souhaitent protéger leur compagnie en tant que marque de souveraineté et instrument de développement économique. « Certains Etats peuvent souhaiter conserver une action préférentielle pour s’assurer que leurs intérêts sont effectivement pris en compte mais nous leur demandons de ne pas faire obstacle à ceux qui veulent libéraliser leur transport aérien », plaide Giovanni Bisignani. « Les politiques de concurrence dogmatiques et l’ignorance des autorités de la concurrence de la manière dont fonctionne le transport aérien réduisent aussi la liberté des transporteurs de coopérer et de se grouper. [...] Nous avons besoin des économies d’échelle que les fusions et acquisitions peuvent apporter avec une réglementation de la concurrence adaptée au secteur ».
En écho à ces déclarations :
la compagnie aérienne finlandaise Finnair a annoncé qu’elle allait durcir son programme d’économies en supprimant quelque 1.200 emplois d’ici 2005 afin d’atteindre 160 millions d’euros d’économies annuelles.
De son côté, Turkish Airlines a reconnu que ses réservations et la fréquentation de ses lignes avaient chuté de 50% depuis le début de la guerre en Irak et a suspendu plusieurs de ses liaisons.
Pour sa part, Swiss International Air Lines devrait donner mardi plus de détails sur ses pertes et certains observateurs redoutent que la compagnie annonce davantage de suppressions de postes que prévu.
British Airways a déjà annoncé des mesures de réduction des coûts destinées à lui faire économiser 450 millions de livres par an d’ici mars 2005
et KLM a fait part d’une réduction de 7% de sa capacité.
Quant aux compagnies américaines , la situation de plusieurs d’entre elles est tellement grave que seule une très profonde réorganisation peut leur permettre de d’éviter la liquidation pure et simple.
D.MA.