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Le transport aérien face à son pire ennemi, la guerre

samedi 22 mars 2003.

Dix-huit mois après les attentats du 11 septembre 2001, qui ont provoqué la crise la plus importante qu’ait connue le secteur du transport aérien, ce dernier, loin d’être convalescent, entre de nouveau dans une zone à haut risque. Face à la guerre, les compagnies aériennes sont contraintes d’adopter une série de mesures qui vont de l’augmentation des tarifs pour compenser la hausse des cours du carburant, à la réduction des capacités pour faire face à une demande en baisse, jusqu’à de probables suppressions d’emplois.

SURVEILLANCE AVEC IMPLICATION NÉGATIVE

Sans surprise, ce sont les transporteurs américains qui se retrouvent dans la plus précaire des situations, à tel point que l’agence de notation financière Standard & Poor’s a annoncé qu’elle plaçait sous surveillance avec implication négative douze compagnies aériennes, dont plus de la majorité sont américaines (dix sur douze), les deux restantes étant la britannique British Airways et l’allemande Lufthansa.

"Les compagnies aériennes, déjà secouées par les attentats du 11 septembre 2001 et leurs conséquences, font désormais face à un risque financier encore plus important avec la guerre" en Irak, a déclaré Philip Baggeley, analyste de Standard & Poor’s.

Même dans l’hypothèse d’"un scénario favorable comme une victoire rapide des Etats-Unis et de leurs alliés, sans attaques terroristes significatives, les compagnies aériennes déjà affaiblies subiront encore des pertes substantielles", analyse l’agence de notation. Et, comme après les attaques du 11 septembre 2001, ce seront encore les compagnies régionales et à bas coûts comme Southwest Airlines qui s’en sortiront le mieux par rapport aux autres, conclut Standard & Poor’s.

RÉDUCTIONS D’EMPLOI

Pour la seule journée de jeudi 20 mars, American Airlines, première compagnie mondiale, a annoncé qu’elle allait réduire ses capacités sur les liaisons internationales de 6 % pour répondre à la baisse du trafic. Elle devrait supprimer des vols vers l’Europe (Londres et Paris) ainsi que vers l’Amérique latine, mais elle est pour l’instant dans l’incapacité de dire s’il y aura un impact sur l’emploi. US Airways va également prendre des mesures de réduction de coûts, comme un report de 5 % du montant des salaires pouvant aller jusqu’à dix-huit mois. La cinquième compagnie américaine, Continental Airlines, a annoncé pour sa part qu’elle allait supprimer 1 200 emplois et réaliser 500 millions de dollars d’économies. Il y a une semaine, l’Air Transport Association (ATA), qui regroupe les compagnies américaines, avait prévenu que la guerre en Irak pourrait entraîner des pertes supplémentaires pour les transporteurs américains de 10,7 milliards de dollars et la suppression de 70 000 emplois.

Le voisin canadien n’est pas mieux loti : Air Canada a annoncé, jeudi, qu’il allait supprimer 3 600 emplois - un peu plus de 10 % de ses effectifs -, justifiant sa décision par la guerre.

BRÈVE ACCALMIE POUR LUFTHANSA

Mise sous observation par l’agence Standard & Poor’s, Lufthansa a par ailleurs reconnu, jeudi, lors de la communication de ses résultats annuels, qu’elle ne pourrait pas égaler cette année ses résultats de 2002 et s’est dite incapable de formuler un pronostic précis en raison du déclenchement de la guerre en Irak et de la déprime économique mondiale. "Même si les performances du groupe ont été meilleures que celles d’autres compagnies aériennes, nous devons malgré tout rester sur nos gardes. Même sans tenir compte des développements de la situation irakienne, la crise s’est intensifiée (...), sa fin n’est pas encore en vue, et elle sera prolongée du fait du conflit irakien", a estimé Jürgen Weber, le patron de Lufthansa.

Le transporteur allemand est nettement repassé dans le vert au cours de l’exercice écoulé, avec un bénéfice net de 717 millions d’euros, contre une perte de 633 millions d’euros un an plus tôt. Son chiffre d’affaires a augmenté de 1,8 %, à 17 milliards d’euros, et le groupe prévoit de verser à ses actionnaires un dividende de 0,6 euro par titre. Il n’en avait versé aucun pour l’exercice 2001. Il semble toutefois que, si l’on considère la situation actuelle, Lufthansa ne sera pas en mesure d’égaler ce résultat en 2003. D’ores et déjà, pour soutenir sa rentabilité, la compagnie a prévu de réduire ses capacités sur les marchés allemand et européen, ses investissements, et surtout de geler ses embauches au niveau de l’ensemble du groupe.

François Bostnavaron

Voir en ligne: Le Monde.

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