CIRCULEZ, Y ‘A RIEN A VOIR !
« RIEN A VOIR ! » C’est par cette formule lapidaire que le président SPINETTA a répondu à l’interpellation de SUD Aérien sur les différences de traitement social des salariés dans les deux accidents : celui de la chute mortelle d’une hôtesse le 1er février et le crash de Toronto du 2 août.
Notre syndicat n’est pas le seul à avoir été choqué par l’attitude de la direction générale. Nombreux sont les salariés qui nous font part de leur indignation voire de leur écœurement.
On avait cru que l’époque « volants » contre « rampants » était révolue et que, dans cette entreprise, on pensait toutes et tous être traité(e)s de façon équitable. Dans le 1er cas, quelques jours seulement après le drame, alors que les enquêtes n’ont pas encore commencé et que l’instruction n’est même pas encore ouverte, le PDG organise une conférence de presse et accuse publiquement l’agent de piste d’être l’unique responsable de l’accident. Il entame aussitôt une procédure de licenciement à son encontre. Les délégués SUD et CGT, défenseurs de l’agent ont toutes les peines du monde à faire valoir leur droit à la défense. Le 27 avril, M. PLISSONNIER, directeur de l’escale d’Orly signe le licenciement pour faute grave.
Dans le 2ème cas, le PDG publie pas moins de 3 FlashInfo pour encenser l’équipage et protester contre les rumeurs mettant en cause les pilotes. Là encore, il dégage Air France de ses responsabilités en accusant maladroitement l’aéroport de Toronto. Il exige d’attendre le résultat des enquêtes et de laisser la justice faire son travail avant d’accuser qui que ce soit ... toutes choses que nous n’avons cessé de réclamer pour notre collègue de la Piste.
Nous aurons tous noté que dans le cas de Toronto, il s’agit de PNT, pas d’un simple agent du sol. Pourquoi une telle différence de traitement entre PNT et PS ? Serait-ce parce que les PNT représentent une partie importante des actionnaires ... qu’il ne faudrait donc pas contrarier ? Cela dit, qu’on attende les enquêtes pour déterminer les responsabilités : très bien, parfait ! C’est juste le droit que nous réclamions pour notre collègue de la Piste. Mais ce droit à la justice la plus élémentaire, le plus haut dirigeant de l’entreprise le lui a refusé.
C’est donc tout naturellement que nous avons proposé aux autres syndicats de voter une motion lors du CCE du 21 septembre et en présence du PDG : « Suite à l’accident survenu l‘été dernier à Toronto, la direction d’ Air France a fait le choix de ne prendre aucune mesure avant la fin des enquêtes en cours. Cette position de la direction, conforme à notre souhait et respectueuse des textes n’a pas toujours été de mise. Dans un passé récent, la direction d’Air France, lors d’un accident dramatique qui a causé le décès d’une hôtesse, n’a pas attendu la fin des enquêtes pour désigner un salarié de la Piste comme seul responsable et de le licencier. Les élus réunis en session demandent le même traitement pour tout le personnel et donc la réintégration de notre collègue de la piste. »
Votes des élus :
Pour : 4 CGT/ UGICT-CGT
Contre : 4 CFDT, 2 FO, 2 CGC
Abstention : 3 Alliance PN
Votes consultatifs :
Pour : 1 SUD Aérien
Contre : 1 SNMSAC
Abstention :1 CFTC
Qu’avait donc de révolutionnaire cette motion pour que la CFDT, FO, la CGC et le SNMSAC refusent de la voter ? Il aurait suffi qu’ils ne prennent pas part aux votes, comme ils le font souvent, pour que la motion soit votée.
Interrogé par SUD, leur réponse fut celle de la direction !! La collusion entre ces syndicats et la direction générale n’est pas nouvelle malheureusement. Syndicats d’accompagnement de la stratégie patronale, ils servent le plus souvent de relais aux objectifs directoriaux. Mais là, c’est un grade de plus dans leur allégeance à la direction et le reniement des valeurs pourtant fondatrices du syndicalisme : celle de la défense des salariés, l’exigence d’égalité de traitement entre les personnels, la solidarité avec les agents injustement traités. Les salariés, eux, sauront dorénavant quels syndicats sont prêts à les défendre : ils ne sont pas nombreux !