Le 1er février, l’une de nos collègues, hôtesse navigante à Air France a fait une chute mortelle en tombant entre la porte arrière d’un Airbus et un escabeau à Orly après l’arrivée d’un vol.
Cet accident a provoqué un état de choc important sur l’ensemble des personnels au sol et navigants.
Plusieurs enquêtes officielles ont été immédiatement ouvertes :
deux par les CHS-CT PN et PS,
puis 4 autres,
par l’inspecteur du travail d’Orly,
le Bureau Enquête Accident (DGAC) ,
la Gendarmerie
et la Caisse régionale d’Assurance Maladie.
Un juge d’instruction a été désigné le 23 février et une plainte déposée contre X.
Il est indispensable de laisser la justice faire son enquête et conclure. Dans une démocratie, nul n’a le droit de faire justice soi-même !
L’attitude de la Direction est indigne !
Dès le 2 février, soit le lendemain de l’accident, SUD apprenait que le dossier professionnel de l’agent, conducteur de l’escabeau, avait été demandé par la direction générale. Très vite, alors que l’enquête interne n’avait pas encore commencé, il a été désigné a priori comme le seul responsable de l’accident et la rumeur s’est vite répandue dans toute la compagnie. Or, la déposition de l’agent condamné par Air France, faite auprès de la Gendarmerie du Transport Aérien 1 heure à peine après le drame, contredit totalement les accusations portées contre lui. Mais lui, n’a pas les moyens de la direction pour le faire savoir ! Pourtant, comme tout citoyen d’un pays démocratique, il doit avoir le droit à sa défense !
Une note du chef de service de la Piste, diffusée le lendemain du drame, persiste dans la seule mise en cause du personnel au sol, enjoignant aux assistants de Piste de respecter les procédures, sous-entendant que leur non-respect aurait été la cause de l’accident mortel. Cette accusation, portée par le PDG, est aussitôt relayée par le ministre des transports qui l’élargit à l’ensemble des agents de piste.
Choqués, les agents de Piste d’Orly, débrayent aussitôt pour exiger de la Direction qu’elle commence par respecter, elle-même, ses propres règles de sécurité. Les enquêtes détermineront l’impact de l’absence d’application de ces procédures dans ce drame et la réalité des faits. L’hôtesse était-elle réellement sur l’escabeau ou sur le seuil de porte ? Remontait-elle l’escabeau ? Les témoignages sont tellement discordants que toutes les hypothèses sont possibles. Pourquoi la direction cache-t-elle le fait que l’une des hôtesses avait donné l’accord pour le retrait de l’escabeau à l’agent de piste ?
Comme souvent, un accident est la conséquence d’un enchaînement de faits :
Elle peut être invoquée par la justice à la condition que l’employeur ait mis à la disposition du salarié, tous les moyens nécessaires pour qu’il puisse remplir correctement sa mission.
Le 01 février, AF refusait d’appliquer 2 procédures de sécurité dont le respect d’une seule d’entre elles aurait suffit à éviter la chute mortelle de notre collègue (la vigie au pied de l’escabeau - PGK 42-10)
Ceci soulève des questions quant aux conditions dans lesquelles les salarié(e)s exercent leur travail dans l’environnement particulièrement dangereux que représentent les aéroports. Pour SUD Aérien, la course à la productivité, à la rentabilité et à la ponctualité dans un contexte de concurrence acharnée, est évidemment incompatible avec le respect des conditions de sécurité dont doivent bénéficier les personnels comme les passagers.
Dans ces conditions extrêmes, le respect des procédures de sécurité tant de la part de la compagnie que des personnels est une condition impérative à la protection des personnes et des équipements. Une salarié a été victime de ce drame. Nous n’accepterons ni qu’un autre accident ait lieu ni qu’un salarié « en bout de chaîne », PN ou PS, paye pour tous et exonère l’employeur de ses responsabilités.
Depuis cet accident, chaque agent d’escale est bien conscient qu’un tel accident peut aussi lui arriver, l’entreprise le faisant travailler dans des conditions dégradées. Tous souhaitent, à juste titre, que la compagnie prenne enfin des mesures pour éviter que des salariés ne perdent leur vie au travail. Pourtant, la direction persiste à refuser de prendre ces mesures de sécurité conservatoires et de mettre ses équipements aux normes, seules conditions pouvant mettre un terme à la situation de danger grave dans laquelle continuent de travailler tous les personnels des escales. Malgré tout, le 18 février, soit le jour des grands départs en vacances, l’assistant reçoit sa lettre recommandée pour un entretien préalable à son licenciement. Face à cette injustice, les assistants de piste se mettent en grève immédiatement pour exiger le respect des procédures de sécurité PAL et PGK et le retrait de la sanction.
Le 19 février, devant tous les médias réunis, le PDG d’Air France procède au lynchage public de notre collègue de la Piste, lui faisant porter l’entière responsabilité de l’accident mortel. Afin qu’il ne soit fait aucun doute de sa culpabilité, le PDG fait de lui un portrait infamant, dégradant, inadmissible.
En soutenant les salariés de la piste partis spontanément en conflit le 18 février, SUD Aérien a assumé son rôle de défenseur des salariés face aux manquements graves de la direction à la sécurité et contre ses accusations mensongères à l’encontre d’un agent.
Mêmes fausses accusations à l’ACNA (filiale d’Air France) après une chute mortelle d’un PNC en octobre 1998
Un steward était tombé en voulant débarrasser des journaux sur le camion de l’ACNA à CDG. La plaque en alu, qui fait le ponton entre le tiroir coulissant du camion et la carlingue, avait basculé. Ce ponton couvre entre 30 et 50 cm de vide.
La direction avait tout de suite mis en cause le chauffeur. SUD Aérien avait pris sa défense. Dans un second temps, l’ACNA a tenté de le licencier après avoir lancé une cabale sur une soi-disant faute professionnelle... sans succès !
SUD Aérien avait déjà soulevé le mauvais état du matériel ( camions Servair - autre filiale AF - réformés refilés à l’ACNA ).La direction de l’ACNA avait tenté de maquiller les multiples manquements à la sécurité, sans succès.
Le chauffeur du camion et le pdg d’ACNA été mis en examen pour homicide involontaire, pour non respect de règles de sécurité dans un cadre professionnel. La famille avait porté plainte contre X.
En 2003, le TGI de Bobigny relaxe le chauffeur et condamne le patron de l’ACNA à 1 an de prison avec sursis.