Analyste Senior Air France
Direction générale des Systèmes d’Information
28 ans d’ancienneté
Membre fondateur du syndicat
Membre du Bureau national SUD Aérien
Vice- Président de la commission de contrôle financier du CCE
SUD : pourquoi voter SUD Aérien quand on est cadre ?
CM : SUD Aérien est représenté dans toutes les catégories professionnelles y compris chez les cadres. Beaucoup partagent avec nous les valeurs de solidarité et de résistance au modèle économique libéral. Ils sont nombreux aussi à vouloir un modèle de société basé sur une autre redistribution des richesses. C’est tout le sens de notre démarche.
SUD : comment considères-tu le rôle des Cadres dans l’entreprise ?
CM : les cadres jouent un rôle charnière dans beaucoup de secteurs pour coordonner un travail d’équipe et ont un rôle d’expert dans de nombreux domaines. En revanche, trop souvent, la Direction considère qu’être cadre implique de partager les orientations et la politique de la Direction. Elle nous demande même de nous en faire le relais vis-à-vis des autres salariés. Il est inacceptable de se servir de nous pour exercer une pression insupportable sur nos équipes. Pour moi, un cadre « manager » doit animer son équipe avec une stricte équité entre les salariés, en donnant des consignes claires et respectueuses des hommes et des femmes qu’il dirige. C’est ainsi qu’il gagne le respect.
SUD : Pourquoi SUD Aérien est-il contre la privatisation d’Air France ?
CM : nous ne sommes pas d’accord sur le transfert à des intérêts privés, d’activités nécessaires et indispensables au développement économique du pays comme les transports, l’énergie ou les télécoms. A la différence de la France, les Pays-Bas ont conservé le droit de reprendre le contrôle de KLM si AF-KLM ne préserve pas les intérêts vitaux des Pays-Bas et d’Amsterdam-Schiphol. Cette clause démontre bien qu’il est possible aux collectivités publiques de conserver la maîtrise de ces activités. Air France est devenue de fait une société dont plus de 50% peuvent être détenus par des capitaux européens. La seule règle sera désormais la profitabilité financière de la compagnie, contrôlée par une holding qui échappera au contrôle des salariés et évidemment de l’Etat. SUD Aérien est inquiet pour l’avenir des emplois et des activités d’Air France.
Mes engagements
Cadre Technicien Entretien
Simulateurs de vol Air France
14 ans d’ancienneté
Délégué syndical SUD Aérien à Vilgénis
SUD : pourquoi SUD Aérien revendique - t - il la rémunération du travail plutôt que la rémunération du capital ?
OC : tout d’abord parce que c’est l’intérêt des salariés. Mais derrière cette revendication, c’est tout un modèle de société que nous défendons. Pour SUD Aérien, le travail est un droit inscrit dans la constitution. Avoir un travail, c’est participer à la vie économique de la région, du pays, de l’Europe. A contrario, se retrouver sans travail, c’est se sentir exclu de la société, ne pas être un citoyen à part entière. Et rémunérer correctement ce travail, c’est verser à celle ou à celui qui a travaillé, la part des richesses qui lui est due et permettre au salarié de vivre dignement de son travail.
Quand les actionnaires ou les dirigeants veulent augmenter la rémunération du capital, c’est à dire leurs dividendes, cela se fait toujours au détriment des salariés, en réduisant la masse salariale et en sous-traitant au moins-disant social. C’est un véritable détournement d’une part des richesses produites par les salariés au profit d’un petit groupe d’actionnaires ou de dirigeants, c’est creuser les inégalités sociales et engendrer des crises très graves. Cette injustice est inacceptable pour notre syndicat.
SUD : à l’heure des grandes privatisations, défendre encore le service public n’est-il pas illusoire ?
OC : au contraire, la défense de la notion de service public est plus que jamais à l’ordre du jour alors que le gouvernement vient de privatiser Air France et s’apprête à le faire pour EDF/GDF Aéroport de Paris et la SNECMA. On a tendance à oublier que le service public, c’est le bien de la collectivité, c’est ce que nous partageons tous, au même niveau d’égalité. Renoncer au service public, c’est accepter que notre santé, l’éducation de nos enfants, le logement, les transports soient mis entre les mains des marchands. Voyez les Anglais qui sont obligés, aujourd’hui, de développer massivement les moyens et les emplois dans leurs services publics délaissés depuis des années.
SUD : les cadres sont-ils concernés par la sous-traitance et l’externalisation des activités du Groupe ?
OC : ils le sont au même titre que les autres salariés. La compétition est peut-être encore plus importante dans cette catégorie professionnelle. Regardons ce qui se passe dans les grandes entreprises françaises notamment dans les domaines de la Finance ou de l’Informatique qui sont sous-traités en Inde par exemple. Même si aujourd’hui, Air France hésite, demain, les actionnaires privés n’auront pas de scrupules. C’est un vrai danger !