La dépense nationale de santé représente 148,5 milliards d’euros en 2001, soit 9,5 % des richesses nationales ou du PIB (Produit intérieur brut) contre 4,2% en 1960.
La France se situe au 5ème rang mondial derrière les Etats Unis (13,9%), la Suisse (10,9%), l’Allemagne (10,7%), le Canada (9,7%) et devant la plupart des pays européens, tout en soulignant que les dépenses de santé progressent dans la plupart des pays développés.
La part des dépenses de santé financées par des fonds publics varie toutefois d’un pays à l’autre : 76% pour la France, 82% pour le Danemark et 45% pour les Etats Unis.
Il faut retenir également que l’importance du budget consacré aux dépenses de santé n’est pas un critère d’efficacité : les Etats Unis détiennent le record des dépenses de santé alors que 40 millions d’américains n’ont aucune couverture sociale.
Plusieurs facteurs ont contribué à l’évolution des dépenses de santé :
Ces dernières années d’importantes améliorations de l’état sanitaire de la population ont été enregistrées : diminution de la mortalité cardio-vasculaire, de la mortalité liée au sida avec la généralisation des trithérapies, baisse de la consommation d’alcool...Toutefois, des inégalités perdurent.
Dans son rapport « La santé en France 2002 », le Haut Comité de la Santé Publique (HCSP) souligne : « L’existence de fortes inégalités sociales de santé dans notre pays, alors même que les dépenses publiques de santé y sont parmi les plus élevées du monde, est une des composantes du paradoxe français ».
Parmi les inégalités dénoncées par le HCSP on peut citer :
Pour réduire les inégalités - entre catégories professionnelles, entre sexes et entre zones géographiques -, qui se mesurent en terme d’espérance de vie et d’accès aux soins, il faut agir sur leurs causes et développer les politiques nécessaires et indispensables au rétablissement de l’égalité et de la solidarité devant la maladie.
Or jusqu’à présent les gouvernements successifs ont cantonné leur action à une approche comptable en voulant à tout prix limiter l’évolution des dépenses d’assurance maladie, sans se préoccuper des dysfonctionnements d’ordre structurel qui menacent sérieusement le système.
" L’approche quantitative : régulation de la demande, encadrement des prix ...
Pendant 20 ans et jusqu’en 1995, date de la réforme Juppé, les gouvernements qui se sont succédés ont imposé de multiples plans d’économies (déremboursements, augmentation du ticket modérateur, création du forfait hospitalier...) pour tenter de combler le fossé qui n’a cessé de se creuser entre recettes et dépenses. Tous se sont révélés inefficaces économiquement et injustes socialement.
La régulation de la demande par une hausse du ticket modérateur laissé à la charge du patient a toujours été présentée comme un outil de responsabilisation des assurés, accusés d’avoir un comportement irresponsable en terme de "consommation" de soins, et donc de dépenser sans compter. Mais l’assuré est rarement en mesure d’apprécier a priori l’utilité et l’efficacité des prescriptions et des soins dispensés. Dans les faits, les dépenses ne sont décidées ni par le malade, ni par le financeur principal (la Sécurité Sociale), mais par le prescripteur (le praticien) qui en tire son revenu professionnel.
La hausse du ticket modérateur pénalise surtout des ménages à faibles revenus qui se trouvent dans l’obligation de renoncer à certains soins en raison de leur coût (voir la partie relative à la CMU).
Par ailleurs, l’encadrement des prix, que ce soit du médicament ou des soins ambulatoires, n’a pas eu d’effet conséquent sur la maîtrise des prescriptions ; il a été annulé par une augmentation des volumes.
L’augmentation des dépenses de santé n’est ni condamnable ni critiquable en soi, si elle répond à de véritables besoins et si elle contribue à améliorer l’état de santé de la population et à réduire les inégalités. En revanche, si elle sert à satisfaire les intérêts financiers de professionnels et d’industriels, il y a problème. Or chacun sait que notre système de santé a des faiblesses, voire des défauts structurels, et la surmortalité des personnes âgées pendant l’été 2003 l’a illustré de façon dramatique.
Aussi faut-il analyser de façon objective les raisons de la forte progression des dépenses de santé et le mode d’utilisation des ressources que la collectivité consacre au système de santé et ne pas se focaliser uniquement sur le déficit (voir fiche sur les raisons du déficit) comme entend le faire le gouvernement.
Les dépenses peuvent être régulées selon 3 méthodes : la régulation budgétaire, la régulation libérale ou celle reposant sur une approche des besoins.
Partir de l’analyse des besoins et de la consommation médicale permettra également d’améliorer la qualité des soins tout en ayant une croissance des dépenses de santé correspondant aux besoins sanitaires.
La réduction des inégalités exige d’assurer un haut niveau de prise en charge collective des dépenses. Or cette prise en charge ne pourra être maintenue, ni à fortiori améliorée, si l’évolution des dépenses reste entre les mains d’acteurs privés fixant librement le nombre et le prix de leurs actes et refusant tout contrôle ou toute évaluation de leurs pratiques.
Au delà du déficit de l’assurance maladie (aussi important soit-il), et de nos propositions pour garantir un financement solidaire, il faut analyser l’organisation du système de soins (plus particulièrement le secteur de la médecine de ville) et s’assurer que l’évolution des dépenses va dans le sens d’une amélioration de la santé de la population.
Annexe 1 : Quelques données chiffrées sur les médecins
En un siècle, le nombre de médecins est passé de 16 000 à 196 000. La part des spécialistes est passée de 43% en 1984 à 51% en 2001. Actuellement 60% des médecins exercent en secteur libéral, 40% sont salariés (dont 29% à l’hôpital).
La forte progression du nombre de médecins, au cours des 30 dernières années, a conduit les différents gouvernements à considérer cette situation comme excédentaire (des dispositifs de reconversion ou de cessation anticipée avaient d’ailleurs été mis en place en 1988 et en 1996 puis supprimés en 2003) ; aujourd’hui de nombreux rapports annoncent une pénurie de praticiens d’ici 2020 (une hausse du nombre d’étudiants vient d’ailleurs d’être décidée).
Le système reste marqué par la persistance de fortes disparités géographiques et de spécialités : la densité médicale pour 100 000 habitants varie de 241 en Picardie à 424 en Ile de France ; par ailleurs il faut signaler des différences par rapport au mode d’exercice : les hôpitaux manquent d’anesthésistes et de psychiatres contrairement au secteur libéral.
Certains médecins sont autorisés à dépasser les tarifs de Sécurité sociale : il s’agit des médecins appartenant au secteur 2. Ce secteur dit à honoraires libres, a été créé en 1980 mais il est gelé depuis 1990 : 38% des 55 300 spécialistes libéraux sont en secteur 2.
Les médecins du secteur 2 se situent principalement en région Ile de France et dans les Alpes Maritimes, ce qui renvoie au problème de l’égalité d’accès aux soins.
Le poids des dépassements est d’ailleurs de plus en plus important dans l’évolution des recettes des praticiens.
D’après les études de la Dress (Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques), les honoraires des médecins ont augmenté de 4,9 % en 2002.
Cette augmentation provient des relevés tarifaires (les tarifs conventionnés ont ainsi augmenté de 12% pour les omnipraticiens), de la révision et de la création de nombreuses majorations, et de la hausse de 20% des dépassements.
Les autres modes de rémunération des médecins à l’étranger (éléments tirés du rapport du Haut conseil de l’Assurance maladie) : la capitation est un mode de rémunération particulier qui existe notamment au Danemark, au Royaume uni, aux USA, et aux Pays-Bas : pour chaque personne inscrite auprès de lui et pour une période donnée le médecin perçoit un forfait.
Aux Pays-Bas, le forfait tient compte d’un revenu de référence, fixé en fonction du niveau de qualification, des coûts de la pratique (déplacement, téléphone, assistant...) et de la charge de travail moyenne (nombre de patients).
Aux USA, la majeure partie des assureurs privés payent les groupes de médecins sous forme de capitations, de plus en plus souvent associées à des paiements à la performance financière ou sanitaire !!! Ce système induit un évident risque de sélection.