ELECTION AU CONSEIL D’ADMINISTRATION D’AIR FRANCE

MARDI 19 JUIN 2001

 

LISTE SOLIDAIRES

 

Présentée par SUD Aérien

 

 

 

EDITO

 

CONTRE LES INÉGALITÉS, VERS  L’ÉGALITÉ  SOCIALE…!

 

Allons à l’essentiel : qu’est ce qui caractérise une grande entreprise moderne de transport aérien comme Air France et ses filiales, en 2001 ?

Certainement beaucoup de réponses possibles !

Mais, à SUD Aérien, une réponse nous vient spontanément à l’esprit : de plus en plus, il s’agit, pour nos employeurs, de mettre en place des politiques sociales à géométrie variable entre les catégories de personnels au sein d’Air France … et entre Air France et ses filiales.

 

Nous assistons à un phénomène totalement contradictoire : les salariés aspirent à plus de justice sociale et à la suppression des inégalités, l’entreprise prend … le chemin inverse !

En effet, à l’image de la société, les inégalités progressent dans l’entreprise, les faits sont là, incontestables, notamment dans les politiques salariales instituées par nos employeurs.

 

A priori,  le développement du transport aérien, comme activité économique, est assuré dans les années à venir. Mais, ces derniers temps, la déréglementation a mis sur le carreau des dizaines de compagnies aériennes et des dizaines de milliers de salariés.

Alors que la libéralisation internationale du transport aérien était censée favoriser la concurrence et donc permettre l’émergence de centaines de compagnies aériennes et de créations d’emplois, nous assistons, au contraire, à une concentration monopolistique de quelque méga-compagnies, les « Majors » qui passent, entre elles, des alliances fluctuantes.

 

Une seule stratégie est mise en œuvre par les « Majors » : la réduction de la masse salariale, l’augmentation de la recette qui privilégie les passagers à «haute contribution» (les plus riches !), le surbooking et la réduction des coûts (abandon des dessertes et des lignes non rentables), le tout signifiant l’abandon de toute notion de service public.

 

Alors,  «tous les salariés derrière les actionnaires d’Air France pour faire de celle-ci une Major », comme nous le serine en permanence la direction ? A quel prix ? Politique sociale revue à la baisse, externalisations et sous-traitance de secteurs entiers d’activités, concurrence sauvage avec son cortège de restructurations dont seuls les salariés paient la note ? Mais n’oublions pas que de prédateur, une compagnie peut devenir une proie et que ses salariés, qui s’estiment aujourd’hui protégés peuvent très bien demain, se retrouver sans emploi !

 

SUD Aérien a choisi son camp, celui des salariés d’Air France et de ses filiales.

Des représentants des salariés au Conseil d’Administration :

pour quoi faire ?

 

En 1983, la loi de Démocratisation du secteur Public (DSP) institue une représentation des salariés dans les Conseils d’Administration notamment des entreprises publiques.

 

Qui compose le CA ?

Des représentants de l’Etat, des représentants des autres actionnaires, des personnalités civiles et des salariés. Ces derniers sont élus, tous les 5 ans, par le personnel de l’entreprise et de ses filiales. C’est à cette élection que vous êtes appelé(e)s à participer, le 19 juin prochain.

 

Quel est le rôle des administrateurs-salariés ?

Ils participent à toutes les réunions du Conseil d’Administration et ont à se prononcer sur toutes les décisions engageant la gestion, les orientations financières, économiques et sociales de l’entreprise et de ses filiales. Ils ont accès aux informations et aux documents de la même manière que les autres administrateurs.

 

Quelle est la limite de cette « démocratisation » ?

En limitant le nombre des représentants salariés au CA, (sur 24 administrateurs au CA d’Air France, seuls 6 représenteront les salariés en 2001), l’Etat leur a refusé d’intervenir dans la gestion de l’entreprise. Ainsi, bien qu’ayant le droit de vote, ils restent forcément minoritaires et ne détiennent donc pas le pouvoir de s’opposer aux décisions même si elles impliquent des conséquences graves pour les salariés.

 

Mais SUD Aérien a une autre conception de ce rôle.

Pour nous, l’administrateur salarié ne peut se contenter d’être une potiche, juste bonne à enregistrer les décisions des actionnaires ou à co-gérer l’entreprise avec les patrons.

Son rôle est de porter les revendications et les inquiétudes des personnels devant les actionnaires, d’informer régulièrement les salariés des objectifs et des décisions prises par le CA, voire de les alerter si nécessaire. C’est le rôle que s’engage à jouer l’élu(e) SUD Aérien au Conseil d’Administration, rôle d’autant plus important dans le contexte d’Air France, que les dangers à venir sont réels. Il est, en effet, fort probable que l’Etat va devenir minoritaire dans le capital d’Air France après 2002, permettant ainsi l’entrée dans le capital, donc au Conseil d’Administration, d’actionnaires privés ( fonds de pension … ) seulement soucieux de la rentabilité à court terme de leurs investissements.

 

Qui participe à l’élection ?

Air France - Servair - ACNA - OAT - Bruneau Pégorier - Brit Air - REGIONAL - Amadeus France Services - CRMA - Fréquence Plus - Aéropostale - SODEXI

 

Où SUD Aérien est-il représenté ?  Air France - ACNA - OAT - Servair 2 -Aéropostale

 

Combien de représentants salariés ?

6 au total, 4 pour le personnel au sol (dont 1 cadre), 1 PNC et 1 PNT.

 

 

 

 

 

 

Quelques considérations sur l’entreprise à l’usage des nouvelles générations récemment embauchées.

 

A Air France comme dans les filiales, il n’existe plus de politique salariale puisque les augmentations générales de salaires en pourcentage se réduisent à peau de chagrin et sont systématiquement inférieures à l’inflation (moins de 2 %)

Si l’augmentation en pourcentage est inégalitaire par définition (plus on gagne, plus l’augmentation est importante), elle reste encore plus inéquitable au regard du reste.

En effet, une tendance permanente à l’individualisation totale de l’évolution de carrière des agents se traduit par un traitement de plus en plus inégalitaire :

Ø      Avancement : de plus en plus sélectif … plus basé sur le comportement que sur les compétences professionnelles. Bref, pour les Directions, un(e) salarié(e) potentiellement « avançage », doit être toujours plus flexible et mobile, toujours moins critique et indépendant(e) (vis-à-vis de la hiérarchie, de l’entreprise, des clients ) et toujours moins solidaire (envers ses collègues)

Ø      Promotion : les mêmes critères sont appliqués pour les promotions. Pire, dans les filières non-cadres, les promotions rapportent de moins en moins alors que les directions rajoutent toujours plus d’escaliers à gravir pour accéder au maximum de la filière concernée. D’où la quasi-impossibilité d’y accéder à moins de travailler jusqu’à … 70 ans !

Ø      Intéressement : revenu incertain puisqu’il dépend des bons résultats de l’entreprise ; il est de plus inégalitaire puisque 50 % de la somme versée est hiérarchisée à Air France.

Ø      Les enveloppes : cette rétribution clandestine se développe à Air France et dans certaines filiales : elles sont distribuées à partir de critères secrets. C’est l’arbitraire absolu : dans l’esprit des responsables-distributeurs d’enveloppe, il s’agit de récompenser les « bons éléments » (??) Les enveloppes créent en fait la division et génèrent un légitime sentiment d’injustice chez les salariés.

SUD Aérien propose la création d’un prix du « Management le plus archaïque» aux directions locales qui favorisent ce système fleurant bon le pire management patronal des années 30 !

 

A Air France et dans les filiales, les inégalités foisonnent dans bien d’autres domaines :

 

Ø      Entre personnels issus de compagnies différentes à Air France :  4 ans après la fusion avec Air Inter, les discriminations sociales demeurent, l’harmonisation entre les personnels reste un vœu pieux,

Ø      Entre agents de mêmes métiers mais d’entreprises différentes, les différences de rémunérations sont énormes,

Ø      Alors qu’ils travaillent tous pour AF, certains bénéficient de billets GP, d’autres pas,

Ø      Entre Personnels Navigants et Personnels au Sol à AF : les Indemnités Kilomètriques Voiture (IKV) versées au Sol sont plus faibles que celles des PN, rémunérées sur la base d’Indemnités Kilomètriques Service (IKS)

Ø      Entre PNC d’AF : les jeunes PNC sont embauchés en bi-scale ( double échelle des salaires imposée depuis 1995 ), mesure scandaleuse qui remet en cause le principe de base « A travail égal, salaire égal ».

 

Mais, le pompon de l’inégalité sociale revient, sans aucune contestation, aux directions de la Servair et d’OAT : ces filiales Catering d’Air France ont passé des accords de Réduction du Temps de Travail (RTT) d’une injustice incroyable. Ainsi à la Servair, l’accord RTT prévoyait l’embauche des nouveaux agents à 35 H  payées…35 au lieu de 39, de repousser le bénéfice des 13ème et  14ème mois à … 5 ans au lieu d’1 an et de compenser les dimanches et jours fériés de 30 à 50 % moins cher. Les jeunes salariés se sont mobilisés contre ces injustices mais le compte n’y est toujours pas !

… Et des syndicats ont osé signer ces accords pourris !

 

Pour le même meilleur statut social des salariés d’Air France et de ses filiales, avec les mêmes acquis pour toutes et tous !

 

 

Le profit et rien d’autre !

SUD Aérien se prononce contre la privatisation d’Air France

 

Ce sera, très certainement, l’enjeu du prochain mandat du Conseil d’Administration, le gouvernement ne cachant plus sa volonté de privatiser Air France après 2002.

Alors, la défense d’Air France comme entreprise publique de transport est-elle un combat d’arrière-garde comme certains (dont une majorité de syndicats) veulent le faire croire ? Au regard de l’abandon progressif des lignes non rentables en Europe comme ailleurs dans le monde, nous affirmons le contraire ! Et nous estimons de notre devoir de mettre en garde les salariés contre les sirènes de l’ultra libéralisme.

Privatiser Air France, c’est faire entrer, de façon majoritaire, les actionnaires privés dans le capital de la compagnie. Et qui trouve-t-on parmi ces actionnaires ? Des fonds de pension (européens ou étrangers), des investisseurs financiers dont on peut dire, pour le moins, qu’ils sont étrangers au monde du transport aérien. En fait, leur intérêt est d’ordre purement financier : le transport aérien est aujourd’hui en pleine croissance, Air France est bénéficiaire … il y a de l’argent à faire ! Peu leur importe de réinvestir leurs bénéfices dans l’entreprise en moyens humains et matériels, leur seul souci est de rentabiliser, au maximum et le plus vite possible, leurs investissements, sans états d’âme.

Les conséquences sociales, on les a vues chez Michelin en 1999, on les voit chez Danone et Marks et Spencer aujourd’hui : alors que ces entreprises sont largement bénéficiaires, la recherche de l’accroissement des profits des actionnaires conduit à des milliers de licenciements dont la charge est abandonnée à l’Etat donc au contribuable.

Même à un degré moindre, les salariés d’Air France commencent à subir les effets de cette stratégie du profit à tout prix : peu à peu, le core-business (activités au cœur de l’entreprise) se réduit, toutes les activités jugées peu rentables sont soit abandonnées soit transférées à la sous-traitance et les personnels, jugés «à faible valeur ajoutée», sont laissés pour compte.

A Air France, dans ses filiales comme ailleurs, la mondialisation de la finance sévit et la spéculation boursière fait rage, creusant les inégalités sociales et aggravant la concurrence entre les salariés.

Il faut rappeler, encore et toujours, que c’est bien grâce au travail humain que les entreprises s’enrichissent.

Il est juste que la valeur de ce travail soit  régulièrement redistribuée au travers de la progression du pouvoir d’achat, d’augmentations régulières des salaires, de reconnaissance des qualifications et d’amélioration des conditions de travail.

La privatisation du Groupe Air France, accordera-t-elle ces garanties aux salariés ? Les actuels évènements nous prouvent que non. Au Conseil d’Administration, SUD Aérien s’engage à défendre la redistribution des richesses et des gains de productivité dégagés par les salariés et à lutter contre la privatisation du groupe AF.

 

 

Restructuration du transport aérien et dumping social

Le système des poupées russes

 

Au même titre que la globalisation financière et la déréglementation sociale atteignent le cœur même des entreprises, la déréglementation du monde aérien affecte profondément l’ensemble du monde ouvrier. Quinze ans après sa mise en œuvre, nous constatons que la libéralisation du transport aérien européen produit les mêmes effets néfastes que la déréglementation américaine. Alors que la « liberté du ciel » devait engendrer la naissance d’une multiplicité de compagnies aériennes et la réduction du prix des billets, on assiste à la concentration du trafic entre quatre compagnies aériennes (AF, BA, LH et KLM) et à la concentration du trafic sur quatre grands hubs (CDG, Heathrow, Francfort et Amsterdam). Sacrifiées sur l’autel de cette déréglementation, les compagnies aux reins moins solides telles TAT, Air Littoral, Air Liberté, AOM…et leurs salariés.

 

Où sont les effets annoncés comme bénéfiques de cette déréglementation pour les passagers et pour les salariés ? Elle ne sert que les intérêts du gouvernement et du patronat et Air France n’est pas la dernière à en profiter. Contrôler le marché et rechercher la rentabilité financière sont devenus les maîtres-mots de la gestion d’entreprise.

 

 

Le contrôle du marché :

 

Aujourd’hui, nous assistons à ce que nous avions prédit, c’est à dire au dépôt de bilan de compagnies les plus faibles ou à leur rachat par les «Majors». Ce fut le cas hier pour TAT, aujourd’hui pour Air Littoral et demain pour AOM et Air Liberté ?

Quant à certaines autres telles que Régional ou Brit Air, elles ne survivent qu’en tant que compagnies franchisées par Air France.

SUD Aérien a constamment refusé d’adhérer à la logique concurrentielle et à l’ambition de la compagnie Major. Ce serait, en effet, entrer dans la logique de guerre concurrentielle et par là, accepter d’opposer les travailleurs d’entreprises différentes et les mettre également en concurrence. Au contraire, notre syndicat lutte pour favoriser la complémentarité entre les compagnies au travers d’accords commerciaux par exemple et pour obtenir un traitement égalitaire de tous les personnels.

 

 

La rentabilité financière :

Sous prétexte de cette concurrence acharnée et soucieuse de centraliser son activité sur le « cœur du métier », Air France démantèle, morceau par morceau, de nombreuses activités purement aériennes et les repousse à la marge de l’entreprise, dans des filiales dont elle détient la totalité ou la majorité du capital (ACNA, Servair, OAT, Aéropostale, Fréquence Plus, CRMA…). Certaines de ces filiales créent elles-mêmes leurs propres filiales ( Servair avec ACNA , ACNA avec …, c’est le système des poupées russes. 

L’objectif, encore une fois, est de rechercher la compétitivité financière à tout prix. Peu  importe que ses sociétés «satellites» imposent à leurs salariés des conditions sociales dégradées, pour Air France il faut se «payer sur la bête» même au prix de la précarité et de la flexibilité. 

Ainsi, le fossé ne cesse de se creuser entre les salariés de la maison-mère et ceux des entreprises « externes » dont les patrons dégradent les conditions de travail et les salaires pour décrocher les contrats.

Le syndicalisme de terrain que nous développons s’exerce d’abord au sein de l’entreprise où nos équipes militantes travaillent et organisent la défense des intérêts matériels et immédiats des salariés. Notre action ne se limite pas au seul périmètre d’Air France et de ses personnels, en ignorant les milliers de salariés qui travaillent dans les entreprises d’assistance aéroportuaire, de sous-traitance, de nettoyage qui se développent au sein de l’activité du transport aérien.

Plus que jamais, SUD Aérien marche sur ses deux jambes : défendre les salariés d’Air France mais aussi ceux des filiales et de la sous-traitance.

 

Pour que la croissance du transport aérien profite aux consommateurs, aux salariés et au développement des régions, SUD Aérien fait les propositions suivantes :

 

Ø      Démocratiser le transport aérien et le rendre accessible à tous,

 

Ø      Développer les accords commerciaux entre compagnies sans rechercher la constitution d’alliances monopolistiques,

 

Ø      Agir pour la complémentarité des moyens de transport entre l’air, le fer, la route et le fluvial.

 

Ø      Privilégier les gros porteurs pour réduire le prix du billet et limiter l’engorgement du trafic et les nuisances causées à l’environnement,

 

Ø      Mettre un terme au dumping social et la mise en concurrence des salariés des différentes régions du monde.

 

Pour mettre fin à la concurrence sociale générée par la libéralisation européenne, une convention collective du transport aérien européen doit protéger l’ensemble des salariés assurant une activité de transport aérien.